Revue Afriquespoir

La prière de « Notre Père », un programme de vie

Le « Notre Père » est la prière que les disciples ont apprise de Jésus lui-même (Lc 11,1). Toutes confessions chrétiennes confondues, des milliers de chrétiens la récitent ou la chantent plus d’une fois par jour. Mais ne sommes-nous pas nombreux à être de simples répétiteurs d’une formule dont nous ne prenons pas suffisamment en compte la densité et les exigences ? En fait, s’il y a des prières qui sont des engagements de grande envergure et qui, si on en avait conscience en vérité, changeraient nos vies et la face du monde, l’on peut citer la prière du Pater Noster.

Dire « Notre Père », c’est confesser que je suis enfant de Dieu, une filiation que je partage avec d’autres personnes avec qui je forme famille. Dieu est mon Père ; mais pas à moi tout seul ; il est UN PÈRE « À NOUS » ; il est « notre » Père (1 Jn 3,1). On est chrétien avec d’autres frères et sœurs en Jésus Christ (Rm 8,29). Les Évêques réunis au synode romain d’avril-mai 1994 avaient parlé de « l’Église-famille de Dieu » comme l’expression particulièrement appropriée de la nature de l’Église en Afrique. Cette image d’Église-Famille de Dieu, ont-ils dit, « met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance ». Ils estimaient ces valeurs familières à l’âme africaine. Un sens élevé de la « famille » est attendu de tout africain authentique, davantage de l’africain chrétien, frère/sœur de tous les « enfants » de Dieu, son « Père », sans discrimination. Il est temps que soit rappelé aux africains, parmi lesquels beaucoup sont des chrétiens, qu’ils sont tous « frères/sœurs », enfants d’un même Père.



La division et la rivalité appauvrissent, produisent ruine et misère (Lc 11,17). C’est l’union qui enrichit, qui fait la force et qui assure une paix durable.  Les croyants qui ont compris tout ce que suppose et exige d’appeler Dieu « Notre Père » récitent ou chantent de manière sincère et cohérente la prière par excellence. D’ailleurs, les sept demandes que contient cette prière me semblent être des conséquences logiques de notre filiation à l’égard d’un Dieu qui est Amour. En ceux qui sont véritablement « enfants du Père » croissent son Nom, son Royaume et sa volonté, puis rayonnent sa providence, son pardon, sa force et sa liberté. Le nom de Dieu est sanctifié et son règne vient chez nous en Afrique, chaque fois que, avec la grâce de l’Esprit Saint, nous nous laissons délivrer de notre haine, de notre égoïsme et nous nous engageons à promouvoir l’unité, la solidarité et le partage entre membres d’une même famille, nourris de la même Parole et du même Pain de vie.

Le monde assiste, ces derniers temps, à des spectacles désolants de xénophobie, en Afrique du sud, combinée avec des actes de représailles dans d’autres pays africains. C’est bien triste. Quelle trahison de la légendaire hospitalité africaine ! Plus grave est la trahison de la prière de « Notre Père » par les auteurs chrétiens de telles violences verbales et physiques qui déstabilisent, dispersent, dépouillent, déshonorent, blessent et tuent. Comme autrefois avec Caïn, assassin de son frère Abel par orgueil, jalousie et colère, aujourd’hui encore Dieu le Père Créateur dit : Où est ton frère ? … Qu’as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol africain (Gn. 4,3-10). La prière de 'Notre Père' devrait pourtant affermir notre foi et nous amener à avoir ouvertes les portes de nos cœurs pour faire profiter à nos frères/sœurs les gouttes d’amour qui en couleraient, en signe de notre filiation à Celui qui est Amour (cf. 1 Jn 4,8) et à l’image de qui nous sommes créés  (Gn. 1,26).

Que Dieu, Notre Père, nous garde tout petits devant sa face, brûlants d’amour et pleins de joie ; qu’il nous garde tout petits devant nos frères/sœurs, simples chemins de vie devant leur pas.

 

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