La course effrénée pour les minerais stratégiques
En juillet 2025, le président américain Donald Trump a organisé un mini-sommet à Washington avec les chefs d’État du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Libéria, de la Mauritanie et du Sénégal. Un virage majeur dans la politique américaine envers l’Afrique et un retour en force à travers une diplomatie fondée sur le commerce et les investissements. Les Etats-Unis ont choisi expressément ces cinq pays puisqu’ils possèdent des mine rais stratégiques: le lithium, l’uranium, le cobalt, etc., vitaux pour la transition énergétique et le développement de la techno logie de pointe.
La ligne politique de Trump «America First» vise à réduire la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine pour les minerais stratégiques. Dans ce nouveau modèle diplomatique, Washington propose des accords commerciaux, des investissements et du soutien sécuritaire ou militaire (s’il le faut) en échange d’un accès privilégié aux minerais.
Le cas le plus emblématique est celui de la RDC, première source mondiale de cobalt, du coltan, du cuivre ou du lithium, etc. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, un accord avec Washington est en train d’être négocié, visant à stabiliser la région de l’est de la RDC, en guerre avec le Rwanda depuis plus de trente ans, en échange des investissements massifs dans les mines. L’administration Trump propose même de soutenir militairement la RDC pour sécuriser les sites d’extraction en échange de l’accès aux ressources nécessaires pour les industries américaines.
La nouvelle diplomatie américaine en Afrique vise à contrer l’influence chinoise, dominante dans l’extraction et la transformation des minerais stratégiques. Pékin, à travers son initiative «Belt and Road» ou «Nouvelle Route de la Soie», a consolidé sa présence grâce à des investissements massifs, perçus comme avantageux. En réponse, les États-Unis proposent des partenariats public-privé présentés comme plus responsables, visant la bonne gouvernance et ayant de l’impact sur les populations locales.
Le retour américain séduit certains Etats africains, confrontés à des fragilités de toutes sortes. Toutefois, certains analystes critiquent cette approche, fondée sur l’échange des ressources contre la sécurité ou le soutien politique. Ils y voient une nouvelle forme de néocolonialisme, qui profite aux américains et n’offre pas de développement durable pour le continent africain.
Il convient de relativiser les accusations de néocolonialisme souvent associées aux partenariats avec les puissances occidentales. En effet, entre les Etats, il n’existe que des intérêts. Plusieurs États, notamment de l’Asie (Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Corée du Sud, etc.) ont conclu des accords du même genre avec les États-Unis, fondés sur des intérêts énergétiques et sécuritaires. Ils ont su tirer profit de ces relations pour renforcer leur développement économique et assurer leur stabilité.
L’enjeu ne réside pas dans la nature des accords, mais dans la capacité des dirigeants africains à négocier en faveur de leurs intérêts nationaux. Un partenariat équitable, ou même imparfait, pourrait être préférable au statu quo que nous observons dans beaucoup de pays africains, où les minerais sont extraits sans bénéfice pour les populations et, souvent, au prix d’un lourd tribut humain.
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