Par D. Vervein Mtoro, SCJLe défi du jeune chrétien aujourd’hui ne se joue pas principalement sur le terrain des règles morales, mais sur celui du sens de la vie, de l’identité et du désir. Très proche depuis toujours du monde des jeunes et des universitaires, j’aime souvent renverser la perspective habituelle à partir de ma petite expérience (Europe et Afrique), certes modeste, mais riche d’enseignements: pour les jeunes, le christianisme n’est pas un poids à supporter, mais un chemin d’authentique libération. Les grands défis que j’ai identifiés chez les nouvelles générations s’articulent autour de quatre axes fondamentaux.L’Être contre la dictature du faire et de l’utile
La société contemporaine a remplacé la question du sens (Qui suis-je) par l’obsession de l’utilité (À quoi je sers?). C’est là le piège de l’angoisse: un modèle centré sur la performance qui produit chez les jeunes une profonde tristesse et un sentiment de vide. La proposition chrétienne consiste alors à faire comprendre que la vocation ne revient pas à découvrir ce qu’il faut faire dans la vie, mais plutôt à découvrir qui l’on est en profondeur. La relation avec le Christ renverse la logique du monde en redonnant la priorité à l’être avant le faire ou l’avoir.
La nostalgie du Père contre l’isolement
Les jeunes souffrent aujourd’hui d’une forme d’ "orphelinat spirituel" et affectif. Nous constatons ainsi un manque profond, un vide qui peut devenir une véritable ressource si nous l’interprétons, comme le disait un théologien, en termes de "nostalgie du Père". Jésus lui-même a connu le manque et la solitude sur la croix, montrant que le vide intérieur ne doit pas être anesthésié. Dès lors, le véritable défi consiste à sortir de l’isolement, notamment de l’isolement numérique, afin de redécouvrir les études et les relations quotidiennes comme des lieux de rencontre humaine authentique et de "charité intellectuelle".
Habiter le quotidien et la crise
Beaucoup de jeunes considèrent la foi comme une émotion passagère ou une échappatoire dominicale à la réalité. Il faut rallumer le feu de la prière quotidienne, car la prière dans le quotidien nous fait comprendre que le Christ ne sauve pas de la vie quotidienne, mais dans la vie quotidienne: dans l’ennui, les études, le travail et la fatigue. La prière sert à vérifier la vérité de l’Évangile dans la routine de chaque jour. Elle donne ainsi un sens et une valeur à la crise. En effet, la crise est le signe que nous sommes vivants et en évolution. Les blessures et les échecs ne définissent pas notre identité; ils deviennent le lieu où Jésus greffe une histoire de salut.
Du moralisme à la rencontre qui transforme
La plus grande erreur des éducateurs comme des jeunes eux-mêmes est de réduire le christianisme à une liste de choses à faire ou à éviter. Le véritable acte chrétien ne consiste pas dans l’effort humain pour chercher Dieu, mais dans le fait de découvrir que Dieu nous cherche déjà et de se laisser trouver par Lui. Il revient à chacun de devenir témoin, et non théoricien. Un jeune chrétien devient témoin du Ressuscité non pas en expliquant seulement des concepts abstraits, mais en racontant comment la rencontre réelle avec le Christ transforme son regard sur sa propre vie et sur son histoire. La jeunesse congolaise dispose de modèles de référence, d’exemples concrets: la bienheureuse Bienheureuse Anuarite Nengapeta, le Bienheureux Bakanja et le Bienheureux Floribert Bwana Chui. La figure de la Bienheureuse Anuarite représente pour les jeunes un puissant modèle de foi, de dignité, de courage et de fidélité aux valeurs chrétiennes au cœur même des épreuves. Quant au Bienheureux Floribert Bwana Chui, il incarne le modèle du jeune chrétien qui n’a pas vécu sa foi séparément du monde, mais qui a pleinement exprimé la grâce de son baptême dans les choix de chaque jour: les études, l’amitié et le service public, manifestant une jeunesse intérieure rayonnante, marquée par l’intégrité, le courage civique et une foi vécue dans la vie professionnelle et sociale.
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