L'encyclique Laudato si' du Pape François a vu le jour le 24 mai 2015. Dix ans après sa publication, l’encyclique continue d’être un cri pour la maison commune, ainsi qu’un engagement personnel en faveur de la Maison Commune.
P. Tonino Falaguasta
Laudato Si’, "loué sois-tu, mon Seigneur" est le cantique chanté par Saint François d’Assise, qui nous rappelle que la Terre est notre Sœur et notre Mère. L'encyclique Laudato Si’ du Pape Francois a été publiée le 24 mai 2015, solennité de la Pentecôte. Selon l'économiste italien Etienne Zamagni, Laudato Si’ a été lu et continue d’être lu, même par les non-chrétiens, beaucoup plus que tous les autres documents pontificaux. Pourquoi? Parce qu'il est question de la «maison commune», la planète, qui appartient à tous et qui concerne tous.
Encore d’actualité «Cette sœur crie à cause du mal que nous lui infligeons par notre usage irresponsable et abusif des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses maîtres, autorisés à la piller. La violence qui habite le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi dans les symptômes de maladie que nous percevons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et chez les êtres vivants», a écrit le pape François (nº2), qui lance un appel urgent à une conversion écologique qui prenne en compte les cris de la création. Le pape François souligne que l’environnement humain et l’environnement social se dégradent simultanément, l’un influençant l’autre. Selon lui, la véritable crise, avant même d’être environnementale, est anthropologique, une crise des valeurs: lorsque nous dégradons l’environnement, nous dégradons également l’être humain, et inversement.
Le rythme auquel nous consommons les forêts de la planète est inquiétant. Souvent, les chiffres sur la déforestation ne tiennent pas compte des surfaces qui se dégradent irrémédiablement chaque année en raison de la surexploitation forestière, de la pollution et des effets cumulés de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme: événements climatiques extrêmes, incendies et conflits.
Le 4 octobre 2023 le Pape François, a adressé à toutes les personnes de bonne volonté l’exhortation apostolique Laudate Deum, à l'occasion de la COP28 de Dubai. Dans ce document, un véritable coup de fouet, le Souverain Pontife réfléchissait sur les graves problèmes actuels, conséquences du changement climatique: «Mettons fin à l'idée que l'être humain est autonome, tout puissant et sans limites...L’être humain qui a la prétention de se mettre à la place de Dieu devient le pire ennemi de soi-même et de la planète Terre» (n°72 et 73).
François Occhetta, professeur de Sciences Sociales à l'Université Grégorienne de Rome, souligne l'urgence de réfléchir sur ce document et d'assumer ses propres responsabilités face au climat et à la nécessité d'agir concrète ment pour la sauvegarde de la planète. «Nous pouvons arriver à un point de non-retour si tout le monde reste dans l'indifférence. La maison commune doit être sauvegardée avec des faits concrets et non pas seulement avec des paroles», a-t-il averti.
Huit ans après la publication de Laudato Si’, le Pape François, ne voyait pas d'initiatives concrètes en faveur du climat. Il a voulu tirer la sonnette d'alarme ou, mieux encore, donner un coup de fouet: «Tous les responsables du monde doivent réagir et se mettre d'accord sur certaines initiatives en faveur de la sauvegarde de la 'maison commune», a-t-il martelé. Le pape François fustige le développement basé seulement sur la croissance économique. Il affirme que le développement de la société se base sur trois dimensions: économique, sociale et spirituelle. Ces trois dimensions sont entrelacées, formant une espèce de chaîne avec des chaînons liés les uns aux autres. Dans Laudato Si’, le Pape François se dit favorable au développement, mais pas à celui qui produirait des inégalités. C'est souvent le cas dans la situation de la société actuelle. «Quand les personnes vivent dans un égoïsme collectif, elles augmentent leur propre avidité» (LS n°204). Cela produit des inégalités au niveau mondial. Qu'il y ait une partie de l'humanité qui vit dans l'abondance (les pays développés représentent un tiers des pays du monde) et que le reste vive dans la misère est inacceptable. Il est donc nécessaire de régler les styles de vie, de régler la situation mondiale: cela rendra nécessaire l'imposition d'une certaine uniformité. Il faudra que les pays riches diminuent leur style de vie pour que les plus pauvres jouissent des biens matériels essentiels. Si tous les pays vivaient au même rythme que les Etats-Unis d'Amérique, il serait nécessaire d'utiliser les richesses de cinq planètes Terre.... Ce qui est inconcevable.
Avertissement On pourrait se poser la question suivante: l'opinion publique ou les chrétiens du monde entier ont-ils compris l'enseignement de cette encyclique? Beaucoup de gens applaudissent l'enseignement du Pape dans Laudato Si’, mais, sur terrain, rien n'a changé. Cela s'appelle hypocrisie. L'exhortation apostolique Laudate Deum du Pape François avertit: «Nous devons surmonter la logique de nous montrer sensibles au problème (crise du climat) et, en même temps, ne pas avoir le courage d'appliquer des changements profonds. Si nous continuons de cette façon, d'ici quelques années, nous arriverons au point critique du non-retour.» (Laudate Deum, n°56). La situation de la planète Terre est un problème humain et social qui nous concerne tous, chrétiens et non-chrétiens. Soyons responsables. Le futur de nos enfants et de nos petits enfants dépend de nos choix et de notre bonne volonté de sauver la Terre, notre «maison commune».
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