Alors que Donald Trump a salué l'accord de «paix» entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo, marquant la fin de trois décennies de guerre meurtrière, un nouveau rapport de Oakland Institute (basé en Californie), intitulé Shafted: The Scramble for Critical Minerals in the DRC, le dénonce comme la dernière manœuvre américaine visant à contrôler les minéraux essentiels congolais. « L'implication des États-Unis dans les affaires congolaises a toujours été indiscutablement liée à l'objectif de garantir l'accès aux minéraux essentiels », a déclaré Frédéric Mousseau, co-auteur du rapport et directeur des politiques à Oakland Institute. «Cet accord de «paix» intervient après des décennies de formation, de conseil et de soutien américains à des armées étrangères et à des mouvements rebelles, et à un moment où le Rwanda et son allié, le M23, ont étendu leur contrôle territorial dans l'est de la RDC. Cet accord profite aux intérêts miniers américains et récompense le Rwanda pour ses décennies de pillage des ressources congolaises.» L'analyse, par le rapport, des données jusque-là ignorées sur le commerce du coltan montre que les États-Unis ont joué un rôle central dans le blanchiment des minerais congolais de contrebande. Les exportations totales de tantale (le minerai métallique extrait du coltan) du Rwanda vers les États-Unis ont été multipliées par 15 entre 2013 et 2018. Cette augmentation s'est produite après la première invasion du M23 en 2012 et au moment où le gouvernement américain a suspendu son mécanisme de sanctions contre le Rwanda. À son apogée, plus de la moitié des importations américaines de tantale provenaient du Rwanda, malgré la production limitée du pays.
The Scramble for Critical Minerals in the DRC détaille comment l'intégration économique régionale, au cœur de l'accord de «paix», légalisera ce blanchiment. «Avec les plus grandes réserves mondiales de minéraux critiques, les Congolais continueront de supporter les coûts sociaux et environnementaux de l'extraction, tandis que le Rwanda profite de la transformation et de l'exportation des ressources de son voisin», a déclaré Andy Currier, co-auteur du rapport et analyste politique à Oakland Institute. « La tromperie est encore plus flagrante lorsqu'on apprend que le ministre d'État rwandais chargé de l'intégration régionale n'est autre que James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain début 2025 pour avoir orchestré le soutien du Rwanda au M23, coordonné l'exportation de minéraux depuis la RDC et géré les revenus générés par cette extraction. » Le rapport montre que l'intégration régionale négociée par les États-Unis consiste en réalité à créer deux routes d'exportation distinctes pour les minéraux congolais. L'un fait du Rwanda une plaque tournante pour les minerais extraits dans les zones de conflit de l'est de la République démocratique du Congo, et l'autre modernise le corridor de Lobito, une voie d'exportation clé vers l'océan Atlantique pour le cuivre et le cobalt extraits dans le sud du pays, financée par un prêt de 553 millions de dollars accordé à l'Angola par la Société de financement du développement des États-Unis (DFC). Plusieurs entreprises américaines négocient déjà des accords miniers le long de ces deux axes, soutenues par des milliardaires de renom comme Bill Gates, des proches de Trump et des personnalités de l'armée et du renseignement américains. « La paix et la prospérité véritables ne viendront que lorsque les Congolais, et non les puissances étrangères, définiront l'avenir du pays», a déclaré Maurice Carney, directeur exécutif de Friends of the Congo. «Avec la “paix” négociée par les États-Unis, les souffrances du peuple congolais persistent et une nouvelle ère d'exploitation s'ouvre.» Avec plus de 1 000 civils tués dans les mois qui ont suivi la signature de l'accord de «paix», le rapport démontre que les inquiétudes de la société civile congolaise sont fondées. L'intervention américaine vise peu à mettre fin aux violences, mais plutôt à faciliter l'accès stratégique des entreprises aux ressources minières. En pratique, l'accord récompense l'agression tout en négligeant les conditions essentielles à une paix durable : la responsabilité des auteurs et de leurs complices, la justice pour les victimes et la souveraineté du peuple congolais.
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